« Défendre notre territoire, c’est défendre notre culture et notre identité »

Du 5 au 21 novembre a eu lieu la tournée européenne organisée par le Collectif Guatemala avec l’aide de ses partenaires en Suisse, en Belgique et en France. Retour sur deux semaines riches en émotions et en rencontres.

PNG Résumer deux semaines remplies de réunions, rencontres, activités publiques et autres n’est pas tâche facile. Nous avons eu la chance d’accueillir cette année deux femmes d’exception dont le combat, la ténacité et la joie de vivre devraient être des exemples pour nous tous-tes. Les accompagner pendant l’ensemble de cette tournée m’a appris beaucoup, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont pu assister à l’une des activités. Dès le départ, le discours de Marìa Guadalupe et celui de Carmen se sont complétés, la première développant davantage la thématique des femmes, du conflit et des consultations communautaires, la seconde abordant le cas de la mine Marlin et ses impacts sur la vie des habitants et des habitantes de San Miguel Ixtahuacán. Au fur et à mesure des deux semaines, chaque discours s’est enrichi de nou-veaux éléments, développant le sujet de manière profonde, complète et person-nelle. Beaucoup de personnes des différents publics que nous avons croisé sont venus leur dire à quel point leur histoire et leur combat les avaient touchés. C’est qu’il est difficile de rester insensible au thème de la spoliation des terres et de l’exploitation irraisonnée des ressources naturelles au Guatemala, oeuvre de multinationales prêtes à tout pour s’enrichir, alliées aux grandes familles de l’oligarchie nationale.

Pour Marìa Guadalupe, la dynamique actuelle d’exploitation des ressources est une nouvelle étape de colonisation du territoire, après celle des espagnols au XVIe siècle, après celle des militaires il y à 30 ans. Et selon elle (et beaucoup d’autres analystes féministes), cette colo-nisation du territoire est également une colonisation des corps et surtout, du corps de la femme. Depuis des milliers d’années, conquérir un territoire, c’est aussi en conquérir les femmes. Le corps de la femme comme butin de guerre, on peut retrouver cette analogie dans de nombreux endroits dans le monde et, malheureusement, encore aujourd’hui (pour ne citer qu’un exemple, voir le cas de la RDC). María insiste et explique que l’entrée massive des multinationales sur les territoires autochtones au Guatemala, c’est pour elle comme un retour au temps du conflit armé et un retour aux mêmes conséquences. Elle cite les différentes personnes mortes pour avoir défendu leurs droits au territoire, en commençant par Mama Maquìn, qui a donné son nom à l’organisation. Elle cite également les femmes qui ont été violées par la Police Nationale Civile ou par les gardiens de sécurité privés de l’entreprise CGN, à El Estor, département de Izabal. Carmen enchaîne et parle des menaces qui pèsent sur elles, des intimidations, de l’agression contre doña Diodora en juillet dernier, qui lui a coûté un œil.

Ces discours, ce discours, c’est celui de la femme qui souffre mais pas en silence, c’est celui de la femme qui lutte même contre les structures les plus traditionnelles du machisme afin de défendre son identité et sa culture. Car pour Marìa Guadalupe comme pour Carmen, il ne s’agit pas ici d’oublier ses origines, de renier sa culture, il ne s’agit pas d’adopter aveuglément des idées occidentales qui ne prennent pas en compte les spécificités culturelles. Ce dont il est question, c’est de créer une pensée de femmes venant de leur culture Maya, conservant les éléments de leur cosmovision tout en insistant fortement sur l’importance de l’équilibre entre hommes et femmes. Car l’équilibre est un point central de la cosmovision Maya. Selon elle, l’univers entier se maintient grâce à un équilibre entre tous les éléments : l’eau et le feu, la lune et le soleil, la femme et l’homme. Dans leur discours, Carmen et Marìa Guadalupe ont aussi beaucoup insisté sur la relation pro-fonde et privilégiée de la femme avec la Terre Mère. Cette analogie, présente dans toutes les cultures du monde, marque le lien entre deux entités ayant le don de féconder et de créer la vie. « C’est pour cela que les femmes sont toujours en première ligne pour la défense de la Terre Mère et c’est pour cela que nous souffrons tellement de la voir se faire détruire », répète à l’envie María Guadalupe. Ces paroles ont également été celles de Lorena Cabnal, de l’Association des femmes Xincas. Nous avons eu la chance de la croiser lors de notre passage à Bruxelles, alors qu’elle était elle-même en tournée avec Brigades internationales de la Paix. Les deux activités réalisées en commun ont été très riches et très fortes en ce sens qu’elles ont montré la convergence de la lutte des femmes pour leur liberté, pour leur territoire et pour l’harmonie de la vie avec la Terre Mère.

J’avais envie de conclure le récit de cette tournée par notre visite au cimetière du camp de concentration du Vernet, en Ariège, où nous avait accueilli Carmen Samayoa pour une activité avec son association « Regards de femmes ». Profitant d’une manifestation contre les nouvelles lois sur l’immigration en France, une marche a été organisée vers ce cimetière car le Vernet était l’un des nombreux camps où ont été enfermés puis déportés vers l’Allemagne de nombreux républicains espagnols et internationalistes fuyant la victoire franquiste. En plus de montrer les connexions entre les combats du passé et du présent, la présence de Carmen et de Marìa Guadalupe a été l’occasion de relier les luttes d’ici et d’ailleurs et de comprendre l’universalité du combat pour la liberté des peuples.

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