Cas Dos Erres : López Alonso condamné à 5 160 ans de prison

À la demande de l’organisation de Membres de familles de détenus et disparus au Guatemala (FAMDEGUA), ACOGUATE a accompagné les quatorze audiences du débat oral et public à l’encontre de l’ex-kaibil [forces spéciales] Santos López Alonzo, dans l’affaire de Dos Erres, qui se tient depuis début octobre devant le Tribunal de haut risque C.

Accompagnement d’ACOGUATE pendant le procès
Crédits : ACOGUATE

Le tribunal, composé des magistrat.e.s Elvis Daniel Hernández, Eva Recinos et Bertha Argueta a pris deux mois pour émettre une sentence condamnatoire. Le 21 novembre 2018, Santos López Alonzo a été condamné à 30 ans de prison pour crimes contre l’humanité, et 30 ans supplémentaires pour l’assassinat de chacune des 171 victimes identifiées lors du massacre de Las Dos Erres, pour un total de 5 160 ans de prison.

Cette affaire de justice transitionnelle concerne des événements qui ont eu lieu dans le Petén [région au nord-est du Guatemala, ndlr] en décembre 1982, quand une patrouille de kaibiles, qui prétendait rechercher des fusils volés, massacra un village entier, tuant plus de 200 habitant.e.s non-combatant.e.s. Pendant trois jours, les kaibilies violèrent les filles et femmes, puis les forcèrent à cuisiner pour la patrouille, et conduisirent presque toutes et tous les habitant.e.s vers un puits où elles et ils furent jetés morts ou vivants. Malgré cela, l’armée ne récupéra aucun fusil.

Deux enfants de trois et cinq survécurent au massacre. López Alonzo, en plus d’avoir participé au massacre, enleva le plus grand des enfants – Osorio Cristales – le déclara illégalement comme étant son propre fils et le soumis à de mauvais traitements durant toute son enfance. Au cours du procès, Osorio Cristales témoigna contre López Alonzo, parlant des événements de Las Dos Erres ainsi que du traitement qu’il avait reçu de son père adoptif les années suivantes. Pour l’accusation, 19 témoins affecté.e.s par le massacre déclarèrent également, ainsi que deux ex-kaibiles, des experts en médecine légiste, archéologie et balistique. Du côté de la défense, seuls trois témoins déposèrent, en plus de López Alonzo. L’accusé affirma qu’il n’avait pas participé au massacre, étant affecté au poste de garde de l’église – le lieu-même où furent violées les filles et femmes.
Présentant la sentence, le tribunal affirma que les habitant.e.s de Las Dos Erres n’étaient pas des combattant.e.s. Il souligne de plus que les actions de l’Armée – déplacements, interrogatoires, viols, assassinats, vol de terres – avaient été systématiques et typiques de cette époque. Enfin, le tribunal maintint que López Alonzo avait coopéré au massacre, même s’il n’avait assassiné personne.
López Alonzo a été condamné à plus de 5 000 ans de prison pour crime contre l’humanité et assassinat. Cependant, l’accusé fut acquitté des accusations de crime contre l’humanité à l’encontre d’Osorio Cristales, car il n’avait pas été prouvé que les mauvais traitements contre celui-ci avaient été davantage qu’un crime commun. López Alonzo a également été acquitté des délits de suppression et d’altération de l’état civil de l’enfant, le délai de prescription pour ceux-ci étant déjà dépassés.

Deux jours après la sentence, une autre audience eu lieu, dédiée aux réparations dignes pour les victimes du massacre. Le Ministère public et les plaignant.e.s de l’affaire se référèrent à la décision de la Cour inter-américaine des droits de l’Homme (CIDH) de 2009 contre l’État guatémaltèque au sujet du massacre de Las Dos Erres, mentionnant l’absence d’accomplissement des réparations de la part de l’État et répétant les mêmes demandes que celles faites dix ans auparavant. La demande principale est la restitution des terres n’ayant pas été récupérées par les proches survivants après le massacre, ou une indemnisation de cette perte. Bien que le tribunal ait ordonné le respect d’autres demandes – soins psychologiques pour les survivant.e.s du massacre sur leur lieu de résidence, publication de la sentence afin que celle-ci soit accessible à la société guatémaltèque, que le 7 décembre soit déclaré « Journée nationale en mémoire des victimes de Las Dos Erres » - il a néanmoins refusé celles concernant la restitution des terrains perdus et l’indemnisation.
López Alonzo est la sixième personne condamnée pour l’affaire de Las Dos Erres. En 2011 et 2012, un tribunal guatémaltèque avait condamné les ex-kaibiles Manuel Pop, Reyes Collin Gualip, Daniel Martínez Hernández, Carlos Carías, et Pedro Pimentel Ríos à plus de 6 000 ans de prison. Cependant, plusiers autres personnes responsables du massacre et sous le coup de mandat d’arrêt n’ont toujours pas été jugées. D’autres ne font toujours pas l’objet de mandats d’arrêt. Malgré tout, les survivant.e.s et affecté.e.s du massacre de Las Dos Erres continuent à lutter pour une justice intégrale.

Traduction par Cyril Benoit de l’article d’Acoguate : « Caso de Las Dos Erres : López Alonzo condenado a 5 160 años de prisión », 28.01.19, https://bit.ly/2MIcCdb

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