Editorial

L’évolution de la situation politique au Guatemala doit être examinée en tenant compte de deux faits importants survenus au cours de ces dernières semaines : l’élection du républicain Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis et la confirmation du processus d’unité des forces révolutionnaires.

Si opposition Carter / Reagan avait un sens c’est bien en Amérique latine que l’enjeu se situait et tout particulièrement en Amérique centrale. La campagne de Reagan marquée par l’anticommunisme primaire, soutenue par les oligarchies les plus archaïques de la zone, sa victoire a soulevé de grands espoirs dans les classes dominantes. Au Guatemala, elles avaient créé une organisation de soutien à sa campagne : "la fondation des amis du pays" afin de contrecarrer le courant d’opinion qui, aux Etats-Unis, répudie les crimes de la dictature militaire contre la population guatémaltèque.

En quoi l’arrivée de Reagan au pouvoir peut-elle provoquer des changements importants pour le Guatemala ? Ce pays qui doit le régime de terreur qu’il connaît actuellement à une invasion militaire nord-américaine en juin 1954 a bien des raisons de craindre une intervention directe des Etats-Unis. Les arguments employés par le candidat Reagan ne sont-ils pas les mêmes poncifs que ceux employés il y a vingt-cinq ans contre le régime démocratique des Présidents Arevalo et Arbenz ? Ne retrouve-t-on pas les mêmes accusations de communisme, d’intervention extérieure...?

Certes, les circonstances internationales ont changé, encore qu’il faut noter que l’intervention nord-américaine se produit à la fin de la période de la guerre froide et non pendant. De plus, les Etats-Unis ont subi un certain nombre de défaites - Baie des Cochons, Vietnam - dans leurs interventions militaires, défaites qui les conduisent à chercher d’autres formes d’interventions.

Outre le soutien économique et militaire, même marqué, la présence de plusieurs milliers d’ex-grades somozistes au Guatemala et dans les pays voisins facilite l’organisation d’une armée de mercenaires. La signature du Traité de pais entre les armées du Honduras et du Salvador, a pour but de réorganiser le Conseil de Défense Centre-américain (CONDECA). Enfin, les espoirs nés de la défaite de J. Carter - et donc de sa politiquer des droits de l’homme - ont renforcé les armées de ces pays (Guatemala - El Salvador) dans leur volonté de réduire au silence - de la façon la plus brutale - les peuples qui luttent pour leur libération.

Pourtant, les forces populaires guatémaltèques affirment chaque jour leur force. l’unité des forces populaires qui combattent la dictature est de plus en plus forte et apparaît comme la seule voie capable de provoquer un changement significatif dans les prochaines années. En ce sens, la dernière déclaration commune - le 20 octobre 1980 - des quatre organisations armées - L’armée de guérilla des pauvres, EGP ; les Forces Armées Rebelles, FAR ; l’Organisation du peuple en Armes, ORPA ; le Parti Guatémaltèque du Travail, PGT - marque une date importante dans la lutte du peuple guatémaltèque. Comme elles l’affirment, l’unité révolutionnaire, populaire et démocratique rapproche le jour du triomphe de notre peuple". Elles lancent un appel au peuple pour qu’il s’incorpore en masse à la guerre révolutionnaire populaire « mise ne marche et menée par les quatre organisations révolutionnaires, afin de frapper de plus en plus durement l’armée criminelle ».

Face à la répression sauvage qui augmente chaque jour le bilan des enlèvements, disparitions, assassinats, les masses inventent de nouvelles méthodes pour garantir la continuité de la lutte. L’activité de la guérilla s’est beaucoup développée au cours de ces derniers mois./ il y a presque tous les jours, de nouvelles embuscades, des combats, des occupations temporaires de villages par les guérilleros qui parlent aux paysans. l’intégration du peuple à la lutte armée, les victoires militaires remportées sur les forces de la répression montrant la légitimité et la force de l’opposition.

C’est par l’incorporation de tous les secteurs de la population à la lutte de l’opposition que la dictature militaire sera vaincue. En effet, la situation du pays est si critique, si radicalisée que toute voie pacifique semble exclue. Les dernières déclarations du Pape sur le « suicide du peuple guatémaltèque » - il s’agit en fait de l’assassinat de tout un peuple - sont à intégrer à cette réflexion. Dans ce contexte, on voit mal comment la démocratie-chrétienne pourra tenter de légitimer longtemps ses prises de positon ambiguës et son refus de s’incorporer à la véritable lutte du peuple guatémaltèque.

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