Sayaxché : écocide et homicides, les vrais fruits de la palme africaine

Le 18 septembre dernier, le professeur Rigoberto Lima Choc était assassiné par arme à feu à Sayaxché dans le Petén. Ce jeune maître d’école de 28 ans, récemment élu conseiller municipal pour le parti Unidad nacional de la esperanza-UNE, était connu et respecté dans la région pour son rôle pionnier dans la lutte contre les activités de l’entreprise de culture de palme africaine Reforestadora de Palma de Petén, S.A. (REPSA) (1). Le meurtre de Lima Choc apparaît comme la culmination tragique des multiples tensions provoquées par l’activité des entreprises de palme dans la région.

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Rigoberto Lima Choc

La culture extensive de palme africaine dans le Petén et plus largement dans la région de la Frange transversale du Nord (FTN) n’est pas un phénomène nouveau. Selon Saúl Paau, dirigeant communautaire de Sayaxché, c’est « à partir de 1998 que sont venues s’installer les entreprises transnationales, qui se sont servies de leaders et de caciques pour commencer à acheter des terres, d’abord deux, dix, quinze caballerías, puis sont apparues les entreprises de palme, achetant des grandes étendues » (2). Dès le départ, cette monoculture d’exportation a provoqué la concentration des terres, le remplacement de l’agriculture paysanne et la précarisation de l’emploi, ainsi qu’une importante pollution des cours d’eau. Selon un rapport de l’ONU, « un tiers de la production nationale de palme africaine est située à Sayaxché, où 71% de la population est autochtone et la superficie des cultures de subsistance est seulement de 0,66% » (3).

En juin dernier a éclaté le scandale de la pollution du fleuve La Pasión, situé dans la municipalité de Sayaxché. A plusieurs reprises, de fortes pluies avaient provoqué le débordement des bassins d’oxydation de l’usine d’huile de REPSA, déversant d’importantes quantités de déchets industriels et de produits chimiques dans le fleuve, avec pour conséquence la mort de milliers de poissons sur 124 kilomètres. Une catastrophe désignée comme « écocide » dans le pays. En plus de l’impact environnemental, la pollution du fleuve restreint fortement l’accès à l’eau de la population locale, impacte fortement la pêche et pourrait avoir des conséquences sur la santé humaine, l’un de ces produits, le malathion, ayant été récemment classé comme cancérogène probable par l’Organisation mondiale de la santé (4).

Suite à une plainte pour pollution industrielle déposée par le Centre d’action légale- environnementale et sociale (CALAS), le 17 septembre, les activités de REPSA étaient suspendues pour une durée de six mois par décision de justice. Un précédent important pour la justice environnementale, mais qui arrive tard pour des entreprises longtemps favorisées par les pouvoirs locaux et nationaux (5). Le lendemain, c’est dans un contexte tendu que des salariés de REPSA retinrent pendant plusieurs heures contre leur gré les dirigeants communautaires Hermelindo Asig, Lorenzo Pérez Mendoza et Manuel Pérez Ordóñez, les menaçant de les brûler vifs, afin de protester contre la suspension des activités de l’entreprise (6). Au même moment, Rigoberto Lima Choc était assassiné devant le tribunal local de Sayaxché.

Dans un communiqué, l’Unité de protection de défenseures et défenseurs de droits humains Guatemala- UDEFEGUA a dénoncé cet assassinat comme étant « la conséquence directe de l’inaction du gouvernement », tandis que la Coordination d’ONG et de coopératives du Guatemala-CONGCOOP a accusé REPSA d’être responsable de la situation explosive dans la région, du fait des tensions accumulées depuis des années et de l’annonce à ses travailleurs du non-paiement de leurs salaires du fait de la suspension de ses activités par la justice, provoquant la colère de ces derniers.

1. A Sayaxché opèrent également les entreprises Tikindustrias, Palmas del Ixcán, Naisa et Unipalma
2. Rio Medios Independientes, « La Pasión : Desastre ecológico y social », CMI, 20.06.15
3. « Cierran empresa de palma africana por contaminación », ElPeriódico, 18.09.15
4. « Cinq pesticides cancérogènes "probables" (OMS) », Le Figaro, 23.03.15
5. « Palma Africana en Sayaxché : millonario negocio sin garantías sociales, ambientales y laborales », CMI, 29.06.15
6. « Tras llegar a un acuerdo con la jueza, trabajadores de REPSA liberan a líderes comunitarios en Sayaxché », Prensa comunitaria, 19.09.15

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