« Mais pourquoi le Collectif Guatemala s’acharne-t-il donc contre l’entreprise Perenco ? »

En 2011, à la sortie de l’exposition du quai Branly sur les Mayas - sponsorisée par Perenco - un militant du Collectif Guatemala distribue des tracts. Un employé de l’entreprise pétrolière s’approche du militant, refuse le tract puis s’agace : « Mais pourquoi vous acharnez vous donc contre nous ? Vous feriez mieux d’enquêter sur Total. Perenco, c’est une petite compagnie… ».

Une petite compagnie… qui permet à ses (discrets) actionnaires d’enregistrer de belles recettes. La famille Perrodo est, selon la revue Challenges, la 21ème fortune française en 2012. Aussi, la comparaison entre les beaux bureaux parisiens de l’entreprise et les conditions de vie minables des populations locales dans sa zone d’exploitation justifierait par elle seule un « acharnement » contre ce fleuron de l’industrie française. Perenco se défend en argumentant qu’il participe au développement du Petén à travers des projets de santé et d’éducation notamment. Mais est-ce au secteur privé, préoccupé principalement par ses intérêts particuliers, d’articuler les politiques économiques et sociales censées profiter à tous les Guatémaltèques ?

Un autre motif d’ « acharnement » est l’analyse du réseau qu’a su créer l’entreprise pour favoriser ses projets. En se rapprochant de l’oligarchie nationale et en finançant l’institution militaire, Perenco s’allie avec des secteurs qui ont eu un sombre rôle dans l’histoire récente du Guatemala. La condamnation récente d’un fonctionnaire du Conseil national des aires protégées (CONAP) qui a favorisé l’entreprise lors du renouvellement de son contrat en 2010 démontre que Perenco sait également jouer de son influence à l’intérieur de l’appareil d’État.

De surcroît, Perenco, comme toutes les entreprises d’extraction, a un impact négatif sur l’environnement. Certes, nous n’avons aucune preuve que Perenco soit responsable de marées noires comme BP ou Total. Mais l’exploitation d’hydrocarbures dans la zone protégée de la Laguna del Tigre, au détriment des lois nationales et des conventions internationales, est caractéristique de la vision à court terme du capitalisme qui met en danger des sites naturels et des populations pour permettre l’accumulation immédiate de profits.

Enfin, notre « acharnement » trouve son fondement dans le principe de solidarité internationale. Si nos ami(e)s guatémaltèques sont victimes d’abus de la part d’une autorité ou d’une entreprise et qu’ils souhaitent les dénoncer, nous les soutenons, d’autant plus quand il s’agit de groupes français. C’est pourquoi, fin septembre, nous accueillons une délégation guatémaltèque en Europe. L’avocat Ramón Cadena et deux représentants communautaires, Mario Ramos et Hilda Ventura, viennent témoigner des « méthodes » de Perenco et chercher des solutions légales et politiques avec les associations françaises. Un des objectifs est d’exiger une législation sur la responsabilité pénale des sociétés mères et de leurs filiales puisque qu’actuellement, en France, il n’est pas possible de poursuivre légalement une entreprise dont la filiale commet des exactions à l’étranger. De nombreuses associations françaises attendent un signe fort de la part du nouveau gouvernement en matière de bonne gouvernance environnementale et sociale.

Ces modifications au niveau du droit devront également être accompagnées d’un changement dans les pratiques diplomatiques. Dès 2006, un conseiller en poste au Guatemala avouait au Collectif Guatemala : « Nous pouvons vous aider à dénoncer les entreprises minières canadiennes … Mais on ne peut pas toucher à Perenco ». En 2010, dans un contexte de mobilisation sociale contre le renouvellement du contrat de Perenco par l’État guatémaltèque, le besoin d’appui diplomatique se fait plus pressant. L’ambassadrice de France au Guatemala interpelle l’environnementaliste Yuri Melini qui a déposé plusieurs plaintes contre l’État en sollicitant l’annulation dudit contrat, et partage avec lui son incompréhension et son inquiétude concernant « les actions légales menées à l’encontre de Perenco ». Le contrat finalement signé, l’ambassade conseille à Perenco de mieux communiquer sur ses actions sociales et de s’impliquer dans la défense du patrimoine en finançant l’exposition sur les Mayas au musée des Arts premiers du quai Branly.

Certes, dans la bataille actuelle pour le contrôle de ressources naturelles, toutes les représentations diplomatiques usent de leur influence pour défendre les intérêts des entreprises nationales. D’un côté, ces pays « amis » du Guatemala, contribuent à des institutions qui renforcent la démocratie, comme la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG) ; de l’autre, ils soutiennent des entreprises qui contreviennent à l’émergence d’un Etat de droit. Avec plus de quinze assassinats par jour et des taux record de pauvreté et d’impunité, le Guatemala mériterait que l’on « s’acharne » à exiger un autre type de coopération !

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