L’ex-chef de sécurité d’une mine de nickel accusé de meurtre est remis en liberté en toute impunité

La sentence est tombée le 6 avril 2017. Huit ans après l’assassinat d’Adolfo Ich et les blessures graves infligées à German Chub, l’accusé Mynor Padilla, ancien chef de la sécurité de la Compagnie guatémaltèque de nickel (CGN) et Hudbay Minerals, a été acquitté et immédiatement remis en liberté. Sortant de la salle d’audience, Germán Chub s’est exclamé : « Nous avons tant lutté et fait tant d’efforts pour rien... il n’y a pas de justice. » Le procès lancé par Angélica Choc, la veuve d’Adolfo Ich, contre l’ancien chef de sécurité a duré deux longues années, à Puerto Barrios, à l’est du pays, sur la côte caraïbe.

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Angélica Choc lors d’une cérémonie en mémoire d’Adolfo Ich
(photo : James Rodriguez/MiMundo.org)

Au moment des faits, existait un conflit entre la CGN/Hudbay Minerals et les communautés avoisinantes de la mine de nickel à El Estor, une ville qui borde le lac Izabal à l’est du pays (1). Plusieurs instances de discussion ont été organisées entre l’entreprise, les communautés et la gouverneure. La compagnie avait offert aux familles de déplacer leurs maisons dans une autre communauté et plusieurs avaient accepté. Mais, considérant que l’entreprise n’avait pas respecté ses engagements, plusieurs sont revenues. En septembre 2009, des gardes de sécurité de la CGN et Hudbay Minerals entrèrent dans la communauté alors que les habitants et la gouverneure s’y réunissaient. La tension augmenta au cours de la journée et des coups de feu furent tirés qui laissèrent Adolfo mort et Germán en chaise roulante.

Depuis 2009, le Collectif Guatemala en France et ACOGUATE au Guatemala accompagnent Angélica Choc et Germán Chub, qui ont subi différentes formes d’intimidation au cours des deux années de procès. En septembre 2016 une voiture est passée une nuit devant la maison d’Angélica et a tiré sur les murs alors qu’elle dormait avec ses deux enfants et son compagnon. « Durant le procès je suis restée forte, mais après l’attaque en septembre j’ai commencé à craindre pour la sécurité de mes enfants », commente Angélica. Depuis l’attaque, ACOGUATE a fait de sa présence à chaque audience une priorité.

Les obstacles durant le procès ont été nombreux. En février 2016, la juge Ana Leticia Peña Ayala a pris la décision de fermer les portes des audiences au public, au nom de la sécurité d’Angélica, alors même que celle-ci n’était pas d’accord. En mai 2016, la juge a octroyé une protection supplémentaire à l’accusé pour la seule raison que des journalistes à l’extérieur du tribunal l’avaient pris en photo.

Au Canada, le procès au civil contre la compagnie minière canadienne HudBay Minerals se poursuit pour les mêmes faits, ainsi que pour le viol de onze femmes mayas q’eqchi’ (2). Le combat continue donc pour Angélica Choc, qui a déclaré : « Je suis heureuse de ma propre force pour un procès si long avec tant d’obstacles sur le chemin, je continuerai à me battre et utiliser ma voix pour obtenir la justice pour les droits humains. »

1. Alberto Arce, José Andrés Ochoa et Sandra Sebastián, « El níquel, los mapas y los campesinos de la tierra roja », Plaza Pública, 29.08.11
2. Pour suivre l’actualité du procès : http://www.chocversushudbay.com/

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