Élections honduriennes : une victoire volée ?

La vague d’espoir qui avait submergé le Honduras depuis la création du parti Libre, nouvelle force politique éclose de la résistance au coup d’Etat de 2009, cède la place à un sentiment d’amertume au lendemain des élections, alors que la candidate à la présidence Xiomara Castro a échoué face à Juan Orlando Hernández (Parti National), dans des circonstances très controversées. Orlane Vidal, observatrice internationale lors des élections, nous livre son analyse.

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Xiomara Castro et Manuel Zelaya à la tête de la manifestation contre la fraude le 1er décembre dernier(2). Photo de l’AFP

A quelques semaines des élections générales qui se sont déroulées le dimanche 24 novembre dernier, la torpeur post-électorale se dissipe peu à peu et la routine reprend doucement son rythme au Honduras, sans toutefois parvenir à dissimuler les stigmates laissés par les élections. Tandis que les militants du Parti National (parti du président sortant Porfirio Lobo Sosa) célèbrent la victoire du futur chef d’Etat Juan Orlando Hernández, qui d’après le Tribunal Suprême Électoral (TSE) a officiellement recueilli 36,89% des suffrages (soit 1,1 million de votants), d’autres Honduriens s’accrochent au maigre espoir ravivé par le recompte des votes actuellement en cours, à la demande des dirigeants du parti Liberté et Refondation (Libre). Sa candidate Xiomara Castro se positionne en seconde place avec 28,78% des voix récoltées (soit 885 000 suffrages).

Depuis le soir des élections, ces derniers ont réitéré leur refus des résultats divulgués par le TSE, criant au scandale à la fraude électorale et appelant à manifester dans les rues le 1er décembre, sur la base d’une longue liste d’irrégularités observées le jour du vote (notamment dans le registre électoral et le monnayage de scrutateurs et d’électeurs en faveur du Parti National), ainsi que de la manipulation des données transmises par le biais du système informatique électoral. Il convient de souligner qu’en outre, les élections ont culminé au sein d’un climat de violence généralisée qui embrase la société hondurienne depuis plusieurs années. Les violations des droits humains, déjà fréquentes avant le coup d’Etat perpétré contre l’ex-président progressiste Manuel Zelaya le 28 juin 2009 (époux de Xiomara Castro), se sont multipliées au cours des quatre ans écoulés. La tendance s’est accentuée durant le gouvernement Lobo, avec l’adoption d’une politique coercitive et de militarisation contre le crime organisé, et parallèlement à l’usage d’une répression sévère à l’encontre des mouvements sociaux. Historiquement, ces derniers ont été des acteurs-clés de la résistance face à la mise en place progressive d’une « dictature transnationale »(1) qui a eu bien du mal à imposer sa légitimité, au vu des suspicions de fraude qui pesaient déjà sur le processus électoral de novembre 2009.

L’arrivée triomphale du parti Libre en 2011, issu du Front de Résistance Nationale Populaire (FNRP) au coup d’Etat, avait réveillé les espoirs des citoyens qui revendiquent une répartition plus juste des richesses dont regorge le territoire, ainsi que l’éradication de la corruption et de l’impunité. Quelle que soit l’issue du recompte des votes, sans doute condamné à l’impasse, le pari de l’abolition du système politique bipartite (composé du Parti National et du Parti Libéral, partis traditionnels de l’oligarchie hondurienne) a tout de même été relevé avec succès. Désormais, le parti Libre et le Parti Anti-Corruption (PAC, nouveau parti politique qui totalise quant à lui 13,43% des votes à la présidentielle), acquièrent le statut de forces politiques d’opposition, en raflant respectivement 37 et 13 sièges de députés au sein du Congrès hondurien. Ce changement significatif du rapport de force politique au Honduras ouvre possiblement la voie à l’impulsion de changements sociaux significatifs, sous réserve toutefois de ne pas sombrer dans une crise de gouvernabilité.

1. D’après les propos de la dirigeante du Comité civique des organisations populaires indigènes et noires du Honduras, Berta Cáceres.
2. Celle-ci s’est improvisée en cortège funèbre alors qu’un militant connu du parti Libre, José Antonio Ardón, a été assassiné la veille au soir par balles, s’ajoutant à la longue liste des assassinats politiques (plus de 30 au total) survenus en contexte électoral.

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