Edito : Honduras : du coup d’État aux élections frauduleuses

Comme nous l’avons signalé antérieurement(1), en raison de l’isolement international et de la résistance populaire, les putschistes honduriens ont trouvé dans les élections de novembre une alternative pour surmonter la crise et une manière d’empêcher le retour au pouvoir de Manuel Zelaya.

En ce sens, les secteurs conservateurs et réactionnaires du pays ont trouvé en Porfirio Lobo Sosa, le candidat idéal : un propriétaire terrien et entrepreneur de la région d’Olancho(2), membre du Parti national -duquel il a été député par trois fois- et surtout, un dirigeant qui a appuyé le coup d’État contre Zelaya et les actions de Roberto Michelleti.

Tout cela a également été rendu possible grâce à l’appui et la complaisance offerts par l’armée hondurienne, les médias, la hiérarchie catholique, l’oligarchie nationale et régionale, ainsi que le gouvernement des États-Unis.

D’un côté, les secteurs traditionnels de pouvoir ont vu dans le mouvement social lié à Zelaya l’avancée des idées liées au chavisme, au castrisme et au gouvernement bolivien dans la région. Autrement dit, un mouvement social et politique qui mettait en danger le statu quo du système et qui rendait nécessaire son élimination à tout prix, incluant la violence et la mort. Pour illustrer cette mentalité de l’oligarchie en Amérique centrale, on peut citer la "visite de courtoisie" qu’ont donnée vingt-cinq représentants du secteur patronal guatémaltèque au gouvernement putschiste de Michelleti(3), malgré la condamnation unanime de la communauté internationale, surtout des pays membres de l’Alternative bolivarienne des Amériques (ALBA), l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), l’Organisation d’États américains (OEA) et des Nations unies.
D’autre part, l’administration de Barack Obama a implicitement appuyé le coup d’État au Honduras, accordant la même importance aux négociations avec les putschistes qu’avec le gouvernement de Zelaya. Elle a également retardé les processus de négociations après avoir inclus la médiation du président Oscar Arias et, sans surprise, elle a donné son aval aux élections présidentielles.

Néanmoins, les élections du 29 novembre dernier se sont tenues sous un régime putschiste marqué par les disparitions extrajudiciaires, les meurtres, la répression et la torture. En outre, ces élections se sont faites sans la reconnaissance du peuple hondurien et d’une grande partie de la communauté internationale. Initialement, seuls les gouvernements des États-Unis, du Panama, de la Colombie et de la République dominicaine ont reconnu les résultats électoraux : une marée abstentionniste (environ 60%) de laquelle « Pepe Lobo » est sorti gagnant.

Quant à l’Union européenne, elle se préoccupe davantage de la stagnation des négociations des Accords d’association qui doivent déboucher sur la signature de traités de libre commerce avec l’Amérique centrale , que du retour de l’ordre démocratique. Jusqu’à présent, la France et l’Espagne ont reconnu le gouvernement né des élections frauduleuses.

Les secteurs démocratiques de la région et des organisations humanitaires au niveau international, ont quant à elles suivi les demandes et les aspirations des majorités honduriennes.

Dans le premier cas, la résistance civile a été organisée le jour même du coup d’État militaire. Différentes organisations étudiantes, sociales, paysannes, indiennes, syndicales et de femmes ont réussi à converger dans le Front national de résistance populaire contre le coup d’État (FNRP), non seulement pour exiger le retour de l’ordre démocratique, mais aussi pour élargir les demandes du peuple hondurien : l’avancée des transformations impulsées par Zelaya, la réalisation d’un référendum populaire et l’instauration d’une Assemblée nationale constituante.

Cependant, une minorité au sein de la résistance constituée par les secteurs sociaux et des partis politiques de gauche, qui considérait nécessaire de participer aux élections de novembre, collabore aujourd’hui au gouvernement de Porfirio Lobos. Le cas de Marvin Ponce reflète cette attitude opportuniste : après avoir été élu député par l’Unification démocratique (UD), il a opéré un virage à droite en intégrant le comité directeur du Congrès national. De ce fait, il affaiblit l’unité créée entre les mouvements sociaux et les partis politiques de gauche qui soutiennent la mobilisation sociale, et il trahit les revendications du FNRP.

Un autre exemple est la création du Front guatémaltèque en résistance avec le peuple hondurien. Une initiative populaire qui organise des rapprochements avec des organisations sociales victimes du coup d’État, ainsi que des activités de dénonciation des secteurs et des institutions qui appuient le régime, par exemple le Tribunal suprême électoral guatémaltèque.

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5 juillet 2009 : Le jour du retour du président destitué Manuel Zelaya, des milliers de personnes (estimées à 100 000) se sont réunies à l’Université pédagogique afin de se rendre à l’aéroport Toncontin. La présence des forces de sécurité était massive. ©James Rodriguez mimundo.org

Enfin, au niveau international, les actions de solidarité envers le peuple hondurien sont évidentes, en Grèce, en Italie, en Espagne ou en France, à travers l’organisation de meetings de solidarité répudiant les violations des droits de l’homme de la part des forces armées et des groupes paramilitaires, ainsi que de forums ou de débats sur les implications politiques d’un coup d’État au XXIe siècle. En France, le travail d’Alerte Honduras(4) est un exemple de l’importance de la convergence de différentes expressions politiques et de l’internationalisation des luttes sociales(5).

Pour cela, il est nécessaire de suivre les luttes sociales qui se développent en Amérique latine, dans ce cas précis, le travail infatigable du Front national de résistance populaire contre le coup d’État, et ce malgré le harcèlement constant des forces de police depuis plus de sept mois. Leur travail consiste maintenant à organiser et à mobiliser la population hondurienne, en mettant en évidence le fait que les élections du 29 novembre dernier ne constituent pas la sortie de la crise ni le « Plan de Nation » que projette le régime actuel.

1. Miguel Ceto. « Honduras : le régime putschiste doit tomber ! » La Gauche, 8 octobre 2009.
2. Il est également diplômé de l’Université de Miami en Administration d’entreprises.
3. Entre les personnalités qui se sont rendues au Honduras, on peut citer : Otto Kushiek, Armando Asturias, Hans Peter, Francisco Botrán, Diego Moreno, Rodrigo Aparicio, Roberto Díaz Scharwz, Jean Paul Morel, José Manuel Moreno Botrán y Gerardo Poitevin, tous membres de l’oligarchie guatémaltèque. Elperiodico, Guatemala, mercredi 19 août 2009.
4. http://www.alerte-honduras.org/
5. Cette perspective internationaliste nous pouvons également l’observer avec le FNRP qui s’est montré solidaire de plusieurs luttes, récemment avec le peuple d’Haïti. Voir les communiqués..

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