Bilan 2013 : restons vigilants !

Edito du bulletin Solidarité Guatemala 206 (décembre 2013)

Alors que la première année du nouveau cycle maya s’achève, l’occasion se présente de revenir sur l’actualité des derniers mois. Le procès de Ríos Montt a été sans nul doute le grand événement de cette année 2013. Même si le verdict qui condamnait l’ancien président de facto à 80 ans de prison a été annulé dans la foulée par la Cour Constitutionnelle, la force de cette sentence pour génocide et crimes contre l’humanité demeure. Le procès devrait reprendre officiellement en janvier 2015, sans qu’aucune certitude n’existe pour les victimes et la prise en charge de leurs témoignages. C’est pourquoi il est important de défendre ce verdict comme le faisait récemment CALDH (Centre d’Action Légale pour la Défense des Droits de l’Homme) lors d’une rencontre sur la justice transitionnelle en rappelant qu’il reste légal et légitime en dépit de son annulation. Nos volontaires ont été présents lors des audiences pour vous informer au mieux à travers ce bulletin et notre site internet et nous poursuivrons ce travail d’information en 2014 pour démêler les évolutions récentes et diffuser une information libre et de première main. Nous organiserons prochainement un événement majeur sur ce procès historique en présence d’invités de premier plan, nous vous tiendrons informés très prochainement.

L’année qui démarre risque d’être pleine de tensions. Ce sera d’abord une année pré-électorale et la campagne semble avoir déjà commencé (si l’on peut dire qu’elle s’est réellement interrompue depuis la victoire du Parti Patriote). Plusieurs nominations importantes vont avoir lieu dans l’institution judiciaire, notamment au sein de la Cour Suprême de Justice qui va renouveler ses magistrats et son président. Celui-ci sera à la tête de la commission de postulation pour la désignation du Procureur général qui aura aussi lieu en 2014. Le choix en 2010 de l’actuelle procureure, Claudia Paz y Paz, s’était fait dans la douleur après que le gouvernement ait nommé un magistrat contesté. L’intégrité et le travail de Paz y Paz ont été essentiels pour amorcer des changements importants et notamment initier le procès de Ríos Montt. C’est pourquoi l’inquiétude est grande de voir nommer des personnes corrompues, ce qui signifierait un grave retour en arrière et une victoire de l’impunité.

Le climat actuel de criminalisation et de persécution des défenseurs illustre déjà ces dérives, nous avons pu l’observer lors du procès pour génocide ou des détentions arbitraires de dirigeants à l’occasion des états de siège récents. La parole publique se libère comme le montrent les déclarations scandaleuses du ministre de l’Intérieur, Mauricio López Bonilla, qui accusait en novembre les défenseurs se rendant à la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme d’être des « pandilleros » (intégrants d’une bande criminelle) et d’avoir recours au chantage et à l’extorsion. Cette sémantique ancienne héritée du conflit armé est gravissime lorsqu’elle est utilisée par des dirigeants publics car elle pourrait légitimer certaines attaques contre les militants de la société civile et exacerber les tensions auxquels ils font déjà face.

Pour faire face à ces menaces contre les défenseurs, qu’elles soient verbales ou physiques, notre présence sur le terrain reste fondamentale, notamment auprès des membres de l’Association pour la Justice et la Réconciliation et des défenseurs de Barillas particulièrement pris pour cible cette année. Nous avons actuellement quatre accompagnateurs répartis dans les différentes équipes régionales : ces jeunes sont la force du Collectif Guatemala et seront les prochains à reprendre le flambeau de l’association une fois rentrés en France.

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