Barillas : Rubén Herrera libéré, la situation des défenseurs reste préoccupante

Parallèlement à la nouvelle positive de la libération de Rubén Herrera, membre de l’Assemblée départementale de Huehuetenango (ADH), et leader engagé dans la lutte contre le projet hydroélectrique d’Hidro Santa Cruz S.A à Barillas, les menaces et intimidations visant les défenseurs des droits humains et membres de la Société civile de Barillas ont gravement augmenté au cours des dernières semaines.

Rubén Herrera, détenu à Huehuetenango le 15 mars dernier, a été libéré le 30 mai. Il avait été inculpé par le tribunal de Santa Eulalia, pour atteinte à la sécurité de l’Etat, terrorisme et enlèvement, entre autres, pour deux dossiers datant de 2009 et 2012.

Ses avocats avaient sollicité le transfert du dossier à la capitale car ils doutaient fortement de l’impartialité du juge de Santa Eulalia, et craignaient de possibles pressions de l’entreprise espagnole envers les opérateurs de justice et les forces de sécurité locales. Dans le premier cas, Herrera est accusé d’enlèvement alors qu’il avait été convoqué comme médiateur dans une situation de tension extrême lors d’une altercation entre habitants de Barillas et employés d’Hidro Santa Cruz. Le second dossier se réfère à l’incendie de machines de l’entreprise, pour lequel 4 personnes avaient été détenues en 2012. Malgré l’opposition des avocats de l’entreprise - Me Villatoro et Me Calderón*- aux requêtes de la procureure, le juge du tribunal de Haut risque B Miguel Angel Gálvez a ordonné la prolongation de l’enquête pour le 1er dossier et une clôture provisoire pour le 2nd, ainsi que la remise en liberté, faute de preuves. Le juge a soutenu au cours de l’audience l’importance du respect du droit international et en particulier les droits des populations autochtones, et leur droit à les défendre, précisant que la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail a été ratifiée par le Guatemala et que le non-respect de l’Etat à ses obligations internationales amène à créer des situations conflictuelles, comme à Barillas. Le tribunal a donné un délai de 6 mois au ministère public pour terminer l’enquête et fixé la prochaine audience au 10 décembre 2013.

« La décision de ce tribunal crée un précédent pour les défenseurs des droits humains mais surtout pour la lutte légitime des peuples autochtones parce que l’argumentation du juge a pris en compte les conventions internationales qui garantissent de manière spécifique le droit à la consultation et à la libre détermination des peuples », expliquait Francisco Morales, coordinateur de l’ADH.

Les menaces, la criminalisation –qui consiste à utiliser l’appareil judiciaire local influencé par les intérêts privés contre les défenseur-es des droits humains–, et la diffamation, constituent la stratégie de l’entreprise pour engendrer la peur, épuiser la lutte, moralement et économiquement, et faire perdre aux leaders de la résistance leurs soutiens, tels que les organisations du mouvement social et l’accompagnement international dont ils bénéficient depuis le début de l’année. Plusieurs intimidations et incidents graves se sont produits récemment, et l’équipe d’accompagnateurs d’ACOGUATE a reçu une menace verbale, d’un homme identifié comme employé d’Hidro Santa Cruz, qui a été dénoncée.

Le 9 mai, Mynor López, leader de la Société civile de Barillas, a été détenu de manière violente par des policiers en civils, sans mandat d’arrêt et en le menaçant de mort. La police de Barillas refuse de donner des informations sur ces faits et arrête dans la foulée le neveu du leader communautaire, Manuel López. La tension augmente de nouveau, le commissariat de police est incendié. Mynor López et son neveu sont libérés par un groupe d’habitants. Les mêmes policiers en civils ont été aperçus dans des véhicules blindés avec des armes de gros calibre et seraient responsables d’intimidations et de menaces la veille des faits. Ces incidents ont immédiatement interpellé les habitants, encore sous le choc de l’enlèvement et du meurtre du leader Q´anjob´al Daniel Pedro Mateo, de Santa Eulalia, en avril. Suite à ces faits, la police s’est retirée temporairement de Barillas.

Depuis plusieurs semaines, la société civile conjointement à Monseigneur Alvaro Ramazzini, évêque de Huehuetenango, sollicite l’ouverture d’un dialogue auprès du préfet départemental sur la situation de Barillas. Là encore, les autorités aiguisent les tensions sociales en désignant des interlocuteurs –des représentants de Conseils communautaires de développe-ment (COCODEs) – qui ont été payés par l’entreprise Hidro Santa Cruz et qui sont en faveur de l’installation du projet hydroélectrique. Ce projet a été rejeté par la grande majorité de la population, notamment par la consultation communautaire de 2007, et des centaines d’accords et actas communautaires rédigés et signés au terme d’assemblées. Les défenseurs doivent jouer des coudes afin de pouvoir intégrer les réunions de ce « processus de dialogue » et ce, quand ils réussissent à arriver sur le lieu de la réunion, qui peut changer au dernier moment.

Les 7 et 8 juin a été organisé un tribunal symbolique sur les droits des femmes à Bilbao en Espagne (« Tribunal de Derechos de las Mujeres Euskal Herria 2013 ») auquel a participé la leader communautaire Hermelinda Simón qui a dénoncé les violations aux droits humains, en particulier contre les femmes à Barillas, ainsi que Quimy de León, activiste et journaliste indépendante de Prensa Comunitaria, qui présentait un document d’analyse des impacts des entreprises multinationales sur les femmes.

*César Calderón est aussi l’avocat de Rodríguez Sánchez, militaire chef du renseignement sous Ríos Montt jugé pour génocide et crimes contre l’humanité.

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