2012 : Défense du territoire et ressources naturelles

Traduction de l’article paru sur le site d’Acoguate (Defensa del territorio y recursos naturales)

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Observation durant la marche des paysans devant le Palais présidentiel

2012 a été marqué par un haut niveau en termes de conflits sociaux au Guatemala, notamment concernant l’exploitation des ressources naturelles. Vous trouverez ici, un résumé de quelques unes des situations traversées par les organisations de droits humains et de défense du territoire qu’accompagne ACOGUATE.

Peuples indiens et paysan(ne)s

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Navi Pillay s’est rendue au Guatemala du 11 au 15 mars 2012. Durant sa visite, elle a manifesté sa préoccupation face au niveau élevé d’insécurité et de violence dans le pays, même si elle a déclaré avoir de l’espoir avec les différentes condamnations juridiques dans le cas du massacre de Las Dos Erres et les enquêtes dans la région Ixil1.

Le 13 mars, la Haut-Commissaire a rencontré à Totonicapán plus de 3 000 représentants et dirigeants indiens et traditionnels des peuples maya, xinca et garífuna. Les revendications du rassemblement portaient sur 4 points : i) l’autonomie et la libre détermination, ii) les mégaprojets, iii) la criminalisation et la remilitarisation,iv) la discrimination et le racisme soufferts par la population indienne au sein de la société guatémaltèque.

Dans un entretien faisant suite à la rencontre, Pillay a déclaré que les groupes indiens “ont fait part de leur malaise d’être continuellement stigmatisés et catalogués comme criminels et terroristes lorsqu’ils présentent des requêtes légitimes lors des consultas (référendum communautaire) sur l’exploitation de leurs ressources. […] Il y a des problèmes sérieux. Je considère valide leur dénonciation d’être traités comme s’ils étaient invisibles. La Constitution de ce pays parle d’égalité pour tous”, avait conclu Pillay2.

Observation internationale durant la visite de la Haut-Commissaire de l’ONU

pour les Droits de l’Homme, Navi Pillay, le 13 mars 2012 à Totonicapán

ACOGUATE a observé la rencontre de Totonicapán, invité par les organisations présentes : Association pour le développement de San Miguel Ixtahuacán (ADISMI) et l’Assemblée départementale pour la défense des ressources naturelles et du territoire de Huehuetenango (ADH). (Voir l’article d’ACOGUATE à ce sujet : Visita de la Alta Comisionada de las Naciones Unidas para los Derechos Humanos a Guatemala)

Deux semaines après la visite de la Haut-Commissaire, le 27 mars, arrivaient à la capitale du pays plus de 5 000 paysans après avoir marché 9 jours et 217 km depuis la ville de Cobán située dans le département d’Alta Verapaz. Les paysans ont porté devant le Président de la République, le Congrès, l’Organisme judiciaire et le Ministre de la Justice leurs demandes qui concernaient 4 grands thèmes : i) Le thème agraire, ii) la violation des droits individuels et collectifs des communautés indigènes et paysannes, iii) l’extraction minière, les centrales hydroélectriques, les monocultures et autres mégaprojets iv) l’approbation des lois en faveur des communautés paysannes.

En réponse, le pouvoir exécutif a reconnu le caractère structurel et historique des demandes exprimées, en répondant à quelques-unes d’entre elles. ACOGUATE a observé l’arrivée de la marche à la capitale et les activités face au Palais National sur demande des organisateurs de la marche.

Mégaprojets et exploitation des ressources naturelles

A San Miguel Ixtahuacán, où se trouve la mine Marlin, exploitée par Montana Exploradora, filiale de la multinationale canadienne Goldcorp Inc., le 18 mai, a été rendu publique la décision dans le cas connu comme celui des “8 femmes”3. Les ordres de capture à leur encontre étaient levés, ainsi que l’obligation pour l’entreprise de retirer le poteau électrique d’alimentation de la mine sur le terrain de Gregoria Crisanta Pérez Bámaca4. ACOGUATE a observé l’acte publique de retrait du poteau de la propriété de Pérez Bámaca le 31 mai, sur demande du Mouvement de femmes indiennes Tz’ununija5.

Le 14 et 15 juillet, s’est tenu à San Miguel Ixtahuacán, le Tribunal Populaire de Santé auquel ont participé les personnes affectées par l’activité minière au Mexique, au Honduras et au Guatemala, où GoldCorp Inc. a opéré ou continue d’opérer. Dans un verdict symbolique, les juges du Tribunal Populaire condamnaient les agissements et activités de l’entreprise GoldCorp dans les pays d’où provenaient les participants6. ACOGUATE a observé le Tribunal Populaire de Santé sur demande de l’Association pour le Développement Intégral de San Miguel Ixtahuacán (ADISMI), accompagnée depuis 2007.

L’autorisation pour la construction du barrage Xalalá, en Ixcán, a été annoncée par le gouvernement comme priorité du premier semestre 2013. L’Association des Communautés pour le Développement et la Défense de la Terre et des Ressources naturelles (ACODET) déclare que le barrage menace le mode de vie et de subsistance des communautés. Pour cette raison, ACODET s’est réuni en octobre avec la représentation nationale ainsi que les organisations internationales Dans le but de demander que soient pris en compte les effets négatifs pour les communautés affectées, et que se respectent les consultas comunitarias (référendums communautaires) qui ont montré le rejet majoritaire de tout type de mégaprojets dans la région. ACOGUATE a accompagné ACODET et observé ces réunions.

Ces exemples ne sont pas les seuls en termes de conflits qui opposent les entreprises et les communautés sur le thème de l’exploitation des ressources naturelles. Dans les derniers mois, la tension est montée notamment autour des projets d’extraction minière de San José del Golfo et San Rafael Las Flores.

Conflits sociaux et militarisation

Le 1er mai, 3 leaders communautaires étaient agressés à Santa Cruz de Barillas, faisant un mort et deux blessés graves. Les survivants ont assuré que leurs agresseurs faisaient partie du personnel de l’hydroélectrique Hidro Santa Cruz, suite à quoi les habitants ont réagi fortement, exigeant justice. Pour reprendre le contrôle de la situation, le gouvernement avait alors déclaré l’état de siège.

Les organisations paysannes et de droits humains ont critiqué le recours au décret d’état de siège pour résoudre les conflits7 et ont dénoncé les irrégularités, comme les abus d’autorité durant les arrestations et détentions des personnes sans qu’elles aient pu être écoutées par un juge. Une des raisons du conflit résidait dans la frustration des habitants face aux gouvernements actuels et précédents qui n’ont pas respecté les résultats de la consulta comunitaria realisée en 2007 où les habitants avaient exprimé leur rejet de l’intrusion des mégaprojets dans la région. Malgré la consulta, le gouvernement antérieur avait en effet délivré le permis de construction du barrage hydroélectrique Hidro Santa Cruz.

L’état de siège a été levé le 18 mai et jusqu’à aujourd’hui 15 personnes ont été arrêtées en raison de leur supposée participation aux protestations8. Actuellement 8 personnes sont détenues, 3 prisonniers ayant été libérés en septembre et novembre. ACOGUATE observe les audiences à Santa Eulalia sur demande de l’Assemblée Départementale pour la Défense du territoire de Huehuetenango (ADH). Le 26 mai, deux travailleurs de l’entreprise hydroélectrique ont été accusés de la mort du leader communautaire le 1er mai9. Dans ce cas, ACOGUATE a également observé l’audience.

Concernant les événements du 1er mai, ACOGUATE a aussi accompagné sur demande de la coordination féministe Actoras de Cambio, le Festival pour la vie, le corps et le territoire des femmes, qui s’est tenu en septembre (voir l’article ACOGUATE : Festival de mujeres en defensa del cuerpo y del territorio).

Le 30 juin, jour officiel de commémoration de l’armée au Guatemala, une marche a rassemblé des milliers de personnes depuis les communautés jusqu’au parc central de San Juan Sacatepéquez, pour dénoncer l’installation d’une Brigade militaire sur la commune10. La base militaire de San Juan Sacatepéquez est l’une de celles qui ont été installées au cours de 201211. ACOGUATE a observé la marche.

En juillet, l’Association de défense des droits humains d’Ixcán (ADDHAI) publiait un communiqué dans lequel elle exprimait sa préoccupation face à l’entrée en avril et juillet de l’armée dans la commune de Cuarto Pueblo, rappelant les plus mauvais souvenirs du conflit armé (1960-1996) et le massacre de la communauté où quelques 400 personnes avaient été assassinées12 (voir l’article d’ACOGUATE : Día Internacional de los Pueblos Indígenas en Ixcán en un contexto de creciente militarización).

Manifestation nationale pour dénoncer le massacre de Totonicapán le 23 octobre 2012

L’événement qui a généré le plus de préoccupation sur la militarisation dans le pays au niveau national et international en 2012 a été la mort de 6 paysans à Totonicapán le 4 octobre (article d’ACOGUATE : Manifestación termina en tragedia). Les paysans manifestaient en raison de la hausse des prix de l’électricité et la réforme de la formation des maîtres, dans une manifestation où une trentaine de personnes ont été blessées ou intoxiquées par les gaz lacrymogènes. Les recherches du ministère de la Justice indiquent que les paysans sont morts de blessures par balles suite aux tirs des membres de l’armée. 8 soldats et un colonel ont été inculpés dans ce massacre. Les morts ont provoqué des réactions des organisations de droits humains contre la présence croissante des militaires et les membres du corps diplomatiques ont exprimé leur préoccupation quant à la présence des forces armées dans les manifestations. ACOGUATE a observé l’audience de première déclaration des militaires.

Pour plus d’informations sur 2012 : la lucha por la justicia y contra la impunidad (lutte pour la justice et contre l’impunité)

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1 Prensa Libre, 15 mars 2012, La Haut-Commissaire de l’ONU termine sa visite au Guatemala, www.prensalibre.com/noticias/politica/Guatemala-superar-problemas-DH-comisionada_0_664133801.html

2 El Periódico, 18 mars 2012, Les indien se plaignent d’être traités comme s’ils étaient invisibles (Entretien avec Navi Pillay), www.elperiodico.com.gt/es/20120318/pais/209620

3 Documentaire, Huit femmes mayas, www.youtube.com/watch?v=itlzp3DGLWY

4 En 2005 des câbles de haute tension avaient été installés sur 3 communautés voisines de la mine Marlin. Plusieurs personnes avaient porté plainte pour ne pas avoir été consultées pour passer sur leur terrain. L’une d’elle était Gregoria Crisanta Pérez Bámaca. Goldcorp Inc., pour sa part, déclarait détenir un contrat signé par elle datant de 2004, mais que Pérez Bámaca a toujours nié avoir signé. Le 10 juin 2008, Pérez Bámaca avait provoqué un court-circuit sur les lignes électriques passant par sa maison, interrompant l’alimentation électrique de la mine. Quelques 150 citoyens des communautés alentours se sont réunis pour dénoncer les agissements de la mine Marlin et montré leur appui à Pérez Bámaca. 8 ordres de captures avaient été émis contre elle et 7 autres femmes de la communauté. Mimundo.org, 30 novembre 2008, Activité minière à San Miguel Ixtahuacán : Conflictivité et criminalisation, www.mimundo-fotorreportajes.org/2008/11/minera-en-san-miguel-ixtahuacn.html

5 Communiqué : Mouvement de femmes indiennes Tz’ununija, 31 mai 2012.

6 Voir le site web de Tribunal Populaire de Santé, www.tribunaldesalud.org

7 Ibid. / CPO, Communiqué, 2 mai 2012, Face aux derniers événements survenus dans la municipalité de Santa Cruz Barillas, Huehuetenango, www.albedrio.org/htm/otrosdocs/comunicados/cpo-011.html

8 Prensa Libre, 18 mai 2012, Le Président lève l’état de siège à Santa Cruz Barillas, www.prensalibre.com/noticias/Deponen-Sitio-Santa-Cruz-Barillas_0_702529892.html

9 Prensa Libre, 26 mai 2012, Capture de deux hommes pour la mort d’un paysan à Barillas, www.prensalibre.com/noticias/justicia/Estado_de_sitio-costo-seguridad-MP-Otto_Perez_Molina-Santa_Cruz_Barillas_0_707329359.html

10 Mimundo.org, 1 juillet 2012, Nous voulons des stylos pas des fusils : San Juan Sacatepéquez rejette l’installation de la brigade militaire, www.mimundo-fotorreportajes.org/2012/07/queremos-lapiceros-no-fusiles-san-juan.html

Siglo XXI, 30 juin 2012, 6 000 personnes rejettent l’installation d’une brigade militaire, www.s21.com.gt/nacionales/2012/06/30/seis-mil-personas-rechazan-instalacion-una-brigada-militar

11 Par exemple voir : El Periódico, 3 septembre 2012, Ouverture de bases militaires à la frontière avec le Mexique, www.elperiodico.com.gt/es/20120903/pais/217358/

12 Communiqué de ADDHAI, 16 juillet 2012, Plainte

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